Compulsion de répétition

Gorana Arnaud • 9 décembre 2025
Cabinet de psychothé

Ou pourquoi nous faisons toujours le mauvais choix

 

Le concept de « répétition » a été tout d’abord élaboré par Freud en 1914 déjà, et c’est à lui qu’on doit sa découverte. Mon intention ici n’est pas d’élaborer sur le concept de répétition théorique, mais de l’illustrer tel qu’on le voit en clinique, c’est-à-dire au sein du cabinet. En effet, un nombre important, pour ne pas dire la majorité des nouveaux patients qui franchissent le seuil du cabinet psy, viennent avec la plainte qui concerne directement la compulsion de répétition.

Voici quelques exemples. Une jeune femme de vingt-huit ans souffre du comportement jaloux et narcissique de son compagnon. Ils sont en processus de rupture, cependant la jeune femme retourne chez son compagnon dès que celui-ci l’appelle en suppliant de revenir, avec la promesse de changer et tout remettre à zéro. La patiente dit : « Je sais, je sais intellectuellement qu’il ne pourra pas changer, mais… je l’aime. Je sais qu’au fond de lui c’est quelqu’un de bien.»

Ou, un monsieur de soixante-huit ans subi au quotidien les injures et humiliations de sa femme qui lui accuse d’être un « faible, quelqu’un sur qui on ne peut pas compter » et menace de le quitter avec son amant. Mais, le mari persévère stoïquement à vouloir à tout prix sauver le couple, et cherche toutes les astuces possibles pour apaiser sa femme. Il avoue : « Je sais, je sais au fond de moi qu’on est trop différents, ma femme et moi, mais c’est mon troisième mariage. Les deux précédentes se sont finies de la même façon, et je n’ai pas envie de me retrouver à nouveau seul à soixante-dix ans. »

Tous ces patients viennent demander de l’aide à travers la psychothérapie quand ils prennent conscience que la même histoire se répété, et se répète. Les villes changent, le lieu de travail changent, mais les personnalités toxiques qu’ils attirent s’avèrent être étrangement les mêmes, dans le sens où ces personnalités ouvrent la même plaie, réactivent la même douleur. « Pourtant, au début, c’est-à-dire les premières quatre mois, il semblait si diffèrent, tout était si beau, si parfait… Et là, c’est reparti… »

Le mécanisme psychique qui opère derrière tout ça est le suivant. Un enfant nait dans une famille, il a une mère et un père. Comme l’enfant en tant que nourrisson est dépendant de l’adulte qui prend soin de lui, il est en quelque sorte biologiquement programmé pour « aimer » ses parents. Ce mécanisme complexe assure sa survie pendant la période où il est encore trop petit pour ne compter que sur lui-même. Le bébé grandit, et, un beau jour, il se rend compte du comportement bizarre, anormal, de l’adulte à son égard. Ou l’adulte rentre complètement ivre le soir, ou l’enfant est ou témoin ou récepteur des humiliations, des injures, des coups, des attouchements. Ou, l’adulte n’est tout simplement jamais là ; c’est la maltraitance de l’abandon.

 

Pour résumer, l’enfant, quand il a atteint un peu près l’âge de la compréhension, se trouve témoin d’un comportement de la part de l’adulte qu’il a du mal à expliquer. Et là, il a deux choix. Le premier choix qui se présente à l’enfant est : « ce comportement est inexplicable, injuste, donc : cet adulte est fou. » Le deuxième choix est la pensée qui dit : « cet adulte me fait du mal ; c’est justifié puisque c’est de ma faute. » Quasiment tous les enfants choisissent la deuxième option. Pourquoi ?

 

Tout d’abord, il faut expliquer que quand nous parlons d’un âge bas, disons entre deux et sept ans, il est difficile de parler d’un « choix » ; l’enfant « choisi » tout simplement la solution la plus économique possible, c’est-à-dire qui lui cause le moins de peine psychique.

 

Donc, la première option « l’adulte en face de moi est déséquilibré, fou » n’est pas accepté par la psyché infantile. Ceci pour la simple raison que l’enfant est dépendant de cet adulte « fou ». La ligne de pensée peut être la suivante : « Maman, ou papa, ou tante X, ou Monsieur Y, réagissent de manière instable, sans aucune considération pour moi. Donc, le monde est un monde de fous, les « grands » ne sont pas stables, je ne peux compter sur eux, ni sur personne d’ailleurs, le monde dans lequel je vis est un monde sans loi, sans fondation, je suis complétement seul et je ne peux compter sur personne ni sur rien. » Cette pensée est tout simplement trop affolante pour un enfant. Comme l’enfant est, je ne peux pas le répéter assez, dépendant de l’adulte, il a besoin de croire que l’adulte réagit d’une manière cohérente, juste, sinon il y a risque d’effondrement.

 

Mais comment est-ce que l’adulte peut être juste ? Sauf si… sauf si, et c’est ici qu’advient la pensée qui sauve l’appareil psychique immature et fragile de l’enfant: « C’est de ma faute. C’est moi qui suis mauvais, et je mérite ce qui m’arrive. » Alors le plus souvent l’enfant s’efforce d'être le meilleur enfant possible ; le plus sage et le plus obéissant possible. Entièrement rentré dans lui-même, l’enfant idéal que nous voyons mais n’entendons pas. « Si j’aide plus dans la maison, il (l’adulte) sera plus gentil, si j’apporte que des bonnes nouvelles, j’éviterais peut-être les coups… » Et caetera. Avec cette acrobatie de pensée, l’enfant à l’impression qu’il peut contrôler la situation, qu’il a le contrôle sur ce qui lui arrive, sur son sort. Et c’est beaucoup, beaucoup mieux que la première option, où il ne contrôle absolument rien et est à la merci d’un adulte…fou.

 

Bien, maintenant nous allons appuyer sur le bouton accélérateur et retrouver cet enfant quelques décennies plus tard. Malgré ses efforts, l’adulte formateur (formateur pour le meilleur et pour le pire) qui l’a élevé n’a pas changé. Cependant, l’ancien enfant est indépendant, au moins de point de vue matériel. De point de vue émotionnel, c’est une autre histoire.

 

Le trauma, n’étant pas digéré, est comme un disque cassé qui tourne et tourne sans cesse autour du même socle, et n’arrive pas à avancer. L’être humain se retrouve dans la même situation.

 

Notre « petit adulte » a besoin de se prouver qu’il peut maitriser la situation, et il essaiera jusqu’à la fin de sa vie (sauf s’il entreprend une thérapie) de « prouver » aux personnes rencontrées qu’il vaut la peine d’être aimé. Les personnes rencontrées, choisies (encore, peut-on vraiment parler d’un choix, puisque c’est l’inconscient qui commande ?) sont forcément semblables à celles qui l’ont tant blessé dans son enfance. Et s’il arrive à leur prouver qu’il est une bonne personne digne d’amour et de respect, le trauma sera maitrisé, effacé, guéri. Sauf que tous ses efforts sont vain.

 

Mais tout n’est pas sans issue. Comme mentionné avant, la plupart des plaintes en cabinet concernent exactement ce dilemme, et un bon thérapeute est très apte à traiter ce sujet. Une fois que le patient a compris les mécanismes qui le sabotent, et que grâce à la relation thérapeutique (ceci est primordial : la guérison n’advient pas que grâce à la compréhension intellectuelle) il est capable de faire d’autres choix, des choix plus sains, plus adaptés. Et là, la vie peut commencer. Une vie ou le patient profite et joui de son bonheur, au lieu de constamment lutter pour une place au soleil. ☺


Pour vraiment changer ces schémas de répétition ancrés, il est souvent nécessaire de faire un travail thérapeutique structuré, comme la psychanalyse ou la psychothérapie — et cela commence par bien choisir son psy et comprendre les différentes approches disponibles.

Et pour comprendre combien de temps peut prendre le travail thérapeutique nécessaire pour sortir de ces schémas répétitifs, consultez Combien de temps dure une thérapie?.

 

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